Alors que le G20 se réunit à Rio, les mobilisations agricoles reprennent en France pour dénoncer l’éventualité de la signature d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur.
Les négociation actuelles sur l’ accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, mettent le monde agricole en émoi : des manifestations d’agriculteurs s’organisent dans nos régions. La CFDT Éducation Formation Recherche Publique soutient cette mobilisation, tant qu’elle est pacifique et respecte les valeurs de la République, car elle est au cœur des finalités de nos enseignements : préparer l’élève citoyen à faire des choix majeurs sur son alimentation, préparer les futurs actifs dont ceux de l’agriculture nourricière.
Mercosur : moins de souveraineté alimentaire ?
La crise du Covid (la maladie circule toujours) nous a montré que la dépendance aux pays extérieurs lointains peut être dangereux pour nos approvisionnements. Cette crise nous a conduit à repenser en logique de souveraineté pour ne pas manquer. La souveraineté alimentaire pourrait donc se résumer ainsi : y a t-il assez de productions agricoles dans notre zone économique de référence, l’UE ? Y a t-il assez d’agriculteurs pour produire ?
Nous produisons chaque année 6,4 millions de tonnes (T) de bœuf en UE (2), nous en importons chaque année 351000 T (1) soit 5% de déficit de production. Sur ces importations, 196 000 T viennent du Mercosur (1) soit 55%. Notre dépendance à cette zone est donc évidente pour nos importations … mais qui sont très marginale : nous sommes à 95 % en souveraineté sur cette production. Bonne nouvelle pour nous ?
La viande devient une marchandise comme une autre …
Et bien non, car l’accord de suppression des droits de douane concernerait 160 000 T (1) soit presque 82% de leurs parts de marché actuelle qui se retrouverait donc plus facilement sur notre marché UE. Donc nous serions fatalement impactés par ces quantités importées à moindre coûts qui vont probablement avoir un impact sur le prix du marché européen. Certes les quantités sont faibles, mais c’est surtout une remise en cause de la protection de notre marché de la viande par les droits de douanes hors UE, par contre, nous pourrons exporter nos voitures sans droits de douanes…
Former plus d’agriculteurs ? Tous ensemble vers « l’aventure du vivant » ?
Au moment où la crise de renouvellement des générations en agriculture fait rage, quelles perspectives d’avenir pour nos élèves qui se destinent à l’élevage bovin lait et viande en France ? Quid des métiers liés ? technicien, inséminateur, vétérinaire, agroéquipement…pourquoi s’engager dans des études pour arriver à ces métiers alors que le marché européen ouvre les vannes à l’importation à bas prix de bovins ?
Derrière notre souveraineté alimentaire, il y a donc des emplois actuels et futurs, celui de nos apprenants (élèves, apprentis et adultes) à préserver tant dans le salariat que dans le travail indépendant. Et quels impacts pour les 25 établissements (2) du Ministère de l’Agriculture qui mènent à ces formations ? Moins d’élèves, c’est moins de moyens,c’est moins de postes.
C’est donc tout un écosystème en équilibre instable (d’autant que les moyens seront probablement en baisse avec la loi de finance) qui va encore être impacté par cette nouvelle situation.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publique soutient les emplois actuels et futurs dans l’agriculture
A l’heure ou le Ministère promeut une « Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat » (SNANC), souhaite une « alimentation durable et de qualité » dans nos cantines où les circuits courts et la filière Bio sont encouragés, et ou notre Président de la République dénonce l’urgence climatique et annonce une Planification Ecologique (3). Il est donc nécessaire d’être cohérent sur les enjeux actuels tels que le dérèglement climatique, les nouvelles façons de produire en agriculture, l’autonomie alimentaire.
La CFDT ne soutient pas un accord avec le Mercosur qui représente un danger pour nos emplois agricoles, pour les débouchés professionnels de nos élèves, pour notre alimentation saine et locale.
A l’heure où nos territoires ruraux mettent en œuvre des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) qui cherchent à regrouper les initiatives locales vers davantage de « résilience » de nos territoires ruraux, cette négociation va à rebours de nos orientations stratégiques nationales et européenne.
la CFDT Éducation Formation Recherche Publique veut de la cohérence dans les politiques publiques et affiche son soutien aux agriculteurs, notamment ceux qui oeuvrent pour la transition écologique, la place de l’agriculture en label AB, l’agriculture raisonnée, le développement des circuits courts en lien avec la loi Egalim…